Expérience du Lieu

Vivre le Lieu : une expérience esthétique dans un fort déserté d'altitude

14 août 2004

Néblas : premier contact distant

"C'est pourquoi il convient en permanence de tenir réveillé en l'homme ce qui est grand et de le convertir à sa propre grandeur. Car l'aliment essentiel ne lui vient pas des choses mais du noeud qui noue les choses."
Saint-Exupéry,chapitre XII , page 72, édition Folio de 1972.



Note de Xpl,

On ne rentre pas à Néblas comme dans un lieu touristique banal. C'est un lieu "autre", qui se mérite.
A chaque fois, c'est pareil, la transition est brutale entre la vie pressée et le monde immobile de ce vieux fort déserté et ré-investi difficilement par mes amis bergers Louis, Jacquou, Maurice, Seb, Robert,Christo. Décalé, je suis par cette expérience de vie doublée d'une forte expérience esthétique, que je poursuis depuis le quatrième été. On ne rentrera que progressivement dans le Lieu. Une mise à distance est donc nécessaire. Merci à Viou pour la sensibilité de son témoignage.

A suivre donc.



Mon cher Xpl,

J'ai été très touché par ton mail. Oui, je comprends parfaitement, du moins je le pense, combien cette lente et apparemment inéluctable mort de Néblas peut te faire mal. J'ai moi aussi été sensible à cette force des lieux et à cette empreinte indélébile que le vieux fort installe définitivement dans notre âme et dans notre imaginaire. Je sais l'importance qu'il a pris dans ta vie. Je l'avais compris avant de le connaître et notre petit séjour n'aura fait que confirmer ce que je pressentais. Il est bien plus qu'un lieu chargé d'histoire propice à de beaux travaux universitaires, il est pour toi le réceptacle et le porteur (le fort se fait phore) d'une symbolique puissante, à la fois fascinante et douloureuse. Peut-être pourrons-nous un jour en reparler, mais je sais que ce n'est pas facile.
 
Il se peut aussi que je fasse fausse route, induit en erreur par une vilaine manie qui m'invite peut-être à trop vouloir interpréter et chercher de toutes parts la présence du symbole, mais franchement, je ne crois pas.

Je t'imagine capable de jouer au loto rien que dans l'espoir de toucher un pactole qui te permettrait de racheter et de sauver Néblas. Ce serait assurément une merveilleuse histoire, mais qui en fait sauverais-tu vraiment, ce jour-là ?
 
D'autres peut-être seront un jour sensibles à l'étrange et austère beauté du site, d'autres qui viendront rêver sur ce qui ne sera plus qu'un amas de ruines, de couloirs effondrés, d'escaliers brisés, de voûtes éventrées au milieu des herbes folles battues par les vents. Le temps aura fait son oeuvre, aidé par quelques vandales (des adolescents surtout, au cours de quelques randonnées en altitude) qui n'auront pas supporté ce symbole de puissance, cette image rassurante et protectrice tout autant que sévère et dominatrice et que leur inconscient aura voulu détruire...
 
Je te souhaite une bonne fin de semaine avant un repos actif pendant les quinze jours de vacances. Je te contacterai à mon retour car nous partons ce samedi pour une dizaine de jours. Nous pourrions peut-être nous voir sur la fin des vacances. Je verrai avec grand plaisir tes travaux vidéo.
 
Bien amicalement
Viou


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Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu

"Effacer une partie de l'oeuvre, de l'image, c'est d'une certaine façon ôter une part de réalité à ce qui est représenté. (...) Effacer, c'est-à-dire atténuer ou gommer une caractéristique donnée, ce peut-être un peu paradoxalement donner du sens. Car celà revient à laisser du vide, du blanc, à créer une portion de silence dans une oeuvre. En d'autres termes, c'est laisser au spectateur (lecteur...) une place pour son propre imaginaire. C'est ainsi, donner plus de sens à une image, à un texte etc."

Colas Ricard, janvier 1998, maj. fév 03, "Effacer, matérialiser"
http://www.colasricard.net/t/effacer.html


Sur une paronymie * 1
(les * renvoient à un mini-lexique en bas de blog)

Atopos
, littéralement "sans lieu". Néblas sera ce lieu insitué géographiquement. Il n'a pas besoin de l'être. Il est le Lieu. La majuscule indique la figure au sens philosophique. On découvrira ultérieurement qu'il relève en fait de l'hétérotopie (M. Foucault).

Août 2001 : je "découvris" Néblas après plusieurs erreurs de navigation. Ce fut une révélation. C'était un soir. Je rencontrai des hommes simples, des bergers transhumants. Ce fut une "ligne de fuite * 2" au sens de Gilles Deleuze. Non une échappatoire, ni une fuite au sens commun.

 Je puis en raconter succintement le détail. Il m'en reste le sillage, l'écume.

Nous rentrâmes dans le fort de Néblas par un pont-levis branlant qui surplombe une douve sèche de 5 m. Le porche d'entrée m'enveloppa par son haleine acre. 1600 brebis dormaient dans l'arrière-cour. Cette odeur ne me quitta plus durant mes séjours moutonniers. La baignoire de la salle de bains aussi au retour... Puis, ce fut la plongée dans une coursive enténébrée. Parcours à tâtons. Une porte qui grince et là, une pièce noire allumée par des bougies vacillantes. Je me souviens encore la grande voûte comme un bateau renversé avec la fenêtre aux murs épais bouchée par des sacs de sel... Les hommes que je connaissais à peine s'engueulaient en dialecte piémontais. Je ne comprenais rien. Je me demandais où j'avais échoué. J'étais reçu sous un drôle de coupole. Maurice, le patron, la face large et un peu dégarnie, un physique à la Mussolini, sortit un cuisseau d'agneau d'un seau rempli d'eau et entreprit de le découper sur une souche avec une hache. Pan, pan, pan... Il jeta ensuite les morceaux dans l'eau d'une grande cocotte qui ronronnait sur une cuisinière à gaz en pente. Nous partageâmes ce bouilli d'agneau, qui me soulevait le coeur. Je n'osais non plus regarder la toile cirée, qui ne souvenait plus quand elle avait connu son dernier coup d'éponge. Les marques de verre de vin rouge dansaient sur la table formidablement encombrée d'un concert de verres, de bouteilles pleines et vides. Louis, qui boîtait de la hanche, prit son médicament dans son quart d'armée, noirci par les mélanges itératifs cafe/vin/café, entrecoupés de "brande". Je découvris que le lendemain matin, ce qu'était ce breuvage que Louis mêlait à son café, une eau de vie. Vous êtes vraiment réveillé après... Cette nuit-là, je dormis sous la tente, à l'extérieur du fort. Il pleuvait un peu. Je n'étais pas encore prêt à m'approprier le fort pour y passer la nuit...


Août 2004 : après beaucoup de réticences, j'ai envie de transcrire ce qui m'est arrivé et demeure encore une énigme personnelle.


Atypique, littéralement qui n'a pas de type déterminé permettant une identification, un classement. "Inclassable" dirait le classement de Canalblog.

Atopique, atypique, j'aime faire frotter les paronymies, surtout quand elles dégagent un surplus de sens. Ni vraiment journal intime, ni essai littéraire, mais une anthropologie de l'habiter ailleurs, une esthétique du lieu "déserté élu", un sentiment de désertude. Une problématique de la perte, qui point.



Ce que sera ce site de blog ?


Pas tout à fait un journal intime, mais des réflexions sur une esthétique *3 au double sens d'une expérimentation.
  • vivre une expérience, au sens d'un enrichissement personnel des savoirs, des aptitudes (sens 1) : j'ai beaucoup appris au milieu de gens de peu, notamment un détachement vis-à-vis des contingences matérielles et de la simplicité.
  • assumer un risque, comme un chimiste fait une expérience qui peut rater, au sens de se couper des autres, car ils ne comprennent pas. Et vous ne les comprenez plus (sens 2).
Les deux aspects sont inter-reliés : relater l'expérience au sens 1 peut conduire au sens 2, si celle-ci est par trop dérangeante parce qu'elle fait entrevoir un monde, qui dérange, qui n'a pas les mêmes valeurs, ou est trop intellectuellement exigeant...

Depuis, je n'ai eu de cesse que de chercher à comprendre, à me comprendre. J'ai dévoré beaucoup d'ouvrages de philosophie (Deleuze, Jullien),de poïétique *4 (M. Gagnebin), de phénoménologie et d'esthétique, notamment l'historien et critique d'art Georges Didi-Huberman. J'ai appris que j'étais tombé dans "la fable du lieu".

" L'artiste est inventeur de lieux. Il façonne, il donne chair à des espaces improbables, impossibles ou impensables : apories, fables topiques" écrit-il dans L'homme qui marchait dans la couleur.
http://www.leseditionsdeminuit.fr/titres/2001/homme-couleur.htm

On ne sera pas surpris si l'exigence sera la maîtresse exigeante de nos chemins de traverse. On tâchera d'en expliquer les termes les plus difficiles (en bas de page) : c'est le contrepoint de l'exigence. Faire partager nos découvertes, nos questionnements, faire prolonger cette ligne de fuite, être un commutateur... Tel serait le souhait avoué de ce modeste blog.

Un prochain blog précisera l'esprit dans lequel sera menée cette navigation, même si on efface dans le sens d'ôter une face, les coordonnées géographiques du lieu.

Les errances au long cours ont aussi leur logique : admettons que nous l'ignorons. Laissons-nous guider.

A suivre donc.


GLOSSAIRE :

* 1 Les paronymes sont des mots de sens différents, mais dont la forme est très proche (une presque homophonie) sans être identique.

* 2 Gilles Deleuze dans Dialogues, montre que "la grande erreur, la seule erreur, serait de croire qu'une ligne de fuite consiste à fuir la vie ; la fuite dans l'imaginaire, ou dans l'art. Mais fuir au contraire, c'est produire du réel, créer de la vie, trouver une arme".

* 3. L'esthétique "comme une dialectique de la présence et de l'absence" selon Murille Gagnebin, L'irreprésentable, ou les silences de l'oeuvre, PUF Ecriture, 1984, p. 7.

* 4. Poïétique ou "science qui étudie l'oeuvre artistique en train de se faire et les conditions de sa création".

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15 août 2004

3. Principes de ce blog

"Mais ces banalités signifient plus : le peintre ajoute au visible de nouveaux visibles, parce que lui seul, avancé imprudemment au bord extrême de la bouche d'ombre, guette et provoqie le surgissement d'invus dont aucun regard avant le sien n'avait su ni osé approcher la violente nouveauté. Chasseur d'insus insoupçonnés, le peintre quête dans l'obscur de quoi ajouter à la visibilité déjà disponible. Il tente de recevoir dans son acdre un nouveau venu, un vu neuf, et de l'y retenir en le réduisant sans reste à sa pure visibilité..."
Jean-Luc Marion, 2001, De surcroît. Etudes sur les phénomènes saturés, PUF, p. 83.



BLOG 3

Les choses invues *1

Tel le peintre, nous cherchons à opérer un dévoilement de choses que le "passager du vent" - ainsi dénommons-nous le randonneur pressé par son itinérance - ne percevra pas.

Nous avons opté pour l'immersion dans le Lieu. Comme on cherche à apprendre une langue étrangère, on s'exile, on part en terre étrange/étrangère. De passager du vent, on se mue en "revenant", sorte de co-résident temporaire du Lieu, toujours le même et pourtant, jamais identique (labilité du temps météorologique, des néo-résidents). C'est se faire l'habitant de l'intervalle à l'instar du résident secondaire :

"Ni indigène, ni étranger pour autant, le résident secondaire se loge en un séjour qui semble résulter de la conjonction illogique du provisoire et du durable. il s'inscrit dans un interstice paradoxal. D'ici et d'ailleurs, il est tout à la fois un passant qui reste et un habitant qui passe..."
Jean-Didier URBAIN, "Le résident secondaire, un touriste à part ?", Ethnologie française, XXXII, 2002, 3, p. 515-520, p. 516.


Vivre le Lieu en indifférence avec la météorologie - pluie, orages, brumes persistantes et averses continuelles comme durant l'été 2002 remarquablement pourri, vents froids - mais en consonance avec les néo-résidents bergers : manger avec eux, partager les vivres, les aider dans les soucis du quotidien si besoin.

Dévoilement d'un côté, effacement de l'autre. On oscille entre deux pôles. Une schizophrénie, un équilibre difficile à trouver. Je réalise mieux mieux mes réticences à créer un site... avant ce mois d'août 2004...



Comment sera présenté ce blog ?

Vivre le Lieu plusieurs saisons dans sa désertude peut susciter de la monotonie, voire de l'ennui, si ce n'est une tendance à l'introspection. On y séjourne dans un autre espace-temps. Tout se passe comme si l'objet "Néblas" était posé devant un miroir anamorphique *2 renvoyant de lui une image insoupçonnée, comme s'il "lâchait" des bribes d'indicible.

Dès lors, nous faisons nôtre la pensée forte de Balthasar GRACIAN :

"Plus la vérité est difficile d'accès, plus elle est agréable et la connaissance qui coûte s'estime davantage. Un objet qu'on nous dispute redouble notre désir de le gagner et l'on a plus de jouissance à sa conquête qu'à son abandon pacifique"
Balthasar GRACIAN, La pointe ou l’art du génie [Agudeza y arte del ingenio], Discours VI, p. 118, 1983, L’Age d’Homme/UNESCO.


C'est dire que cette recherche de la Vérité - l'atteindra-t-on jamais ?- a un coût intellectuel pour soi et pour Vous, Lecteur actuel ou futur...


Ce blog sera une manifestation esthétique, c'est-à-dire destiné à affecter les sens, si tant est que ce soit possible (revoir le sens 2 du précédent blog, sur le risque de l'expérimentation).

Désormais, nous pouvons jeter les bases de fonctionnement de ce blog : ces principes sont présentés séparément, mais c'est là manière artificielle. Chacun est inter-relié aux autres selon les principes de la complexité au sens d'Edgar MORIN. On constituera donc un système, une sorte de petite architecture au service de la compréhension de l'expérience du Lieu :


  • Dévoilement d'un côté, effacement de l'autre (voir supra et revoir Atopos dans le précédent blog ), tel est notre postulat, qui correspond à notre tiers-état, ni étranger (randonneur de passage), , ni "indigène" (néo-résident du fort). Ceci justifie notre choix de ne pas s'imposer dans la casemate-cabanon de mes amis. J'occupe en effet une casemate séparée, que j'ai baptisée par auto-dérision, "mon Ritz"... On y reviendra.

  • Recherche d'une esthétique iconographique,  une "belle apparence" (bella vista de Tesauro) : les images ne seront jamais livrées brutes. La révolution du numérique ne réside pas tant dans la facilité de prise d'imagerie et de développement, mais dans les formidables expérimentations que l'informatique permet. Point besoin d'un appareil photo numérique très onéreux pour réaliser de superbes clichés créatifs. En clair, point de salut, pour moi, sans un ordinateur, qui autorise son propre laboratoire de production. Une post-production, toujours dévoreuse de temps, sous Photoshop et d'autres logiciels est toujours menée, ne serait-ce que pour accentuer le fichier numérique. Ponctuellement, un retour sur expérience du travail créatif en-train-de-se-faire pourra être explicité dans les prochaines publications (renvoi sur des sites Web et des ouvrages, protocoles simplifiés de traitement du projet).

  • <>Publications sous la forme de thématiques-devises *3, les titres des articles qui n'auront désormais que quelques mots." La briéveté, explique Tesauro, comporte en elle plus de grandeur et de force, puisque même dans la menace, dans l'emportement, dans le commandement, quelques paroles obscures causent plus d'effroi qu'un long discours clair". Désormais, pour plus de lisibilité, chacun des blogs et des glossaires sont numérotés à partir du présent ("3. Règles et principes de ce blog"). Les mots-clés et les auteurs cités, les mots rares, difficiles, polysémiques (marqués d'une *) sont respectivement marqués en noir et en rouge afin de faciliter le repérage de l'essentiel.


  • Rigueur des renvois de citations, auxquelles le Lecteur pourra(it) se tourner (revoir le précédent blog pour notre souhait de "faire prolonger cette ligne de fuite"). C'est bien le moins que de tenter de donner envie delire ces auteurs qui ont contribué à mon éclairage de cette expérience du Lieu. De la même façon, on se refusera à glisser sur la pente d'un simplisme langagier : ici, pas de langage "sms", ni d'abréviation. Notre esthétique està ce prix. C'est une question de convenance langage / esthétique du projet. On sollicitera néanmoins l'indulgence du Lecteur pour les possibles fautes de frappe ou autres toujours possibles...


  • Ouverture et dialogue aux Lecteurs qui le souhaiteraient par les commentaires de bas du blog.

A suivre donc...



Glossaire 3 :


* 1. "Par "invu", nous entendons purement et simplement ce qui, de fait, ne parvient pas ou pas encore à la visibilité, alors que je pourrais de droit l'expérimenter [voir blog précédent pour ce mot] comme un possible visible" (définition courte de Jean-Luc Marion, p. 131, op. cit. supra en exergue).

* 2. "Une anamorphose est une image déformée qui retrouve ses proportions d'origine quand on la regarde sous un certain angle ou réfléchie dans un miroir adapté". On compte les anamorphoses cylindriques, sphériques, coniques.
> voir http://www.ac-grenoble.fr/lycee/LAB/jr2000/espace/pages/anamorph1.htm

* 3. C'est Emanuele TESAURO, qui explique que la finalité de la devise est "de rendre visible l'invisible". Il cite pas moins de trente et une "thèses" censées caractériser la perfecta impresa.
> voir Mireille BUYDENS, 1998, L'Image dans le Miroir, Bruxelles, la Lettre Volée, p. 134-137.

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4. Hétérotopie





Blog3_heterotopie

« Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l'institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d'utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l'on peut trouver à l'intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu'ils sont absolument autres que tous les emplacements qu'ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies » (nous pointons)

Michel FOUCAULT, Dits et écrits 1984, "Des espaces autres" (conférence au Cercle d'études architecturales, 14 mars 1967), Architecture, Mouvement, Continuité, n " 5, octobre 1984, pp. 46-49.

Voir http://foucault.info/links/documents.html



Blog 4 : hétérotopie
Note : ce blog inaugure l'inclusion d'une imagerie néblassienne, annoncée par le blog précédent. Merci au Lecteur d'avoir bien voulu patienter jusque-là...



Faut oser squatter cet endroit !" lança un randonneur, père de famille, en regardant le fort de Néblas (juillet 2004).


La « montagne » de Néblas au sens pastoral, quoique estive banale au sens de propriété communale, a permis la mise en place d'un dispositif spatial "autre", enraciné dans un lieu, le fort, où le fonctionnement banal de la société n'a pas court. Les néo-résidents du fort ont une existence saisonnière (de fin Juin à la fin Octobre) que le philosophe Canguilhem aurait dénommée - sans la dépréciation normative - "anomale", autrement dit inattendue, insolite...


Il nous faut explorer cette anomalité et la constituer en une hétérotopologie ou « description des hétérotopies », dont Foucault a brossé les principes. On l’associera aussi à la notion de « lieu blanc » (Georges Didi-Huberman) particulièrement pertinente et complémentaire.

On retiendra parmi les définitions de Foucault, celles qui semblent s’accorder à notre objet « Néblas » avec les pistes, qui pourraient faire autant de devises (voir Glossaire 3). Ce sont autant de jalons, de bornes milliaires, sur les chemins de traverse qu’on cherchera à emprunter au double de sens de :


  • Ouvrir une route nouvelle, une via rupta, pratiquer une anatomie au sens premier,

  • Prendre ailleurs et faire siennes des idées autres, au gré de lectures nouvelles, qui nourriraient notre intuition face à l’inapparent. L’acte de penser d’un dehors est une décision stratégique.


On ne doit pas considérer ce plan comme une clôture, qui s’accorde mal avec les caractères « autres » du Lieu et de notre « ligne de fuite » (voir Glossaire du blog « Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu ») :

« Un plan, cela s’appréhende de haut, comme dans le jeu d’échec ou comme lorsque nous cherchons un trésor à l’aide d’une vieille carte. Mais, ici, nous sommes à même le lieu de cette œuvre : nous adhérons trop à sa nouveauté pour en prévoir l’enjeu, la fin. Tant mieux. Cela nous obligera à éprouver notre regard dans son temps réel, qui est le temps de la surprise, du dessaisissement et, donc, à ne pas préjuger trop de ce que nous y verrons »

Georges Didi-Huberman, 1999, La demeure, la souche. Apparentements de l’artiste, Minuit, p. 11


D’autant que notre idéal du blog, à l’instar de l’écriture en Chine, est basée sur une obliquité discursive :

« l’idéal du wen est le plus souvent celui d’un texte détendu, « lâche », ondoyant, qui ne cherche pas à serrer un objet, mais en maintient la pregnance. Car un discours explicite est un discours clos, dont l’achèvement ne laisse plus rien à attendre, et qui, par conséquent, est stérile.Tout est dit, et c’est fini (…)

François JULLIEN, « Penser d’un dehors », Le Débat, N° 91, sept-oct. 1996, p. 167.


Enfin, plusieurs éléments esthétiques manquent : laissons-leur le temps et le lieu d’apparaître…



Quelles sont les mailles du dispositif de l’hétérotopie défini par Foucault, qui ont été retenues ici ?

Un dispositif borné

« Les hétérotopies supposent toujours un système d'ouverture et de fermeture qui, à la fois, les isole et les rend pénétrables. En général, on n'accède pas à un emplacement hétérotopique comme dans un moulin. Ou bien on y est contraint, c'est le cas de la caserne, le cas de la prison, ou bien il faut se soumettre à des rites et à des purifications. On ne peut y entrer qu'avec une certaine permission et une fois qu'on a accompli un certain nombre de gestes ».

Circonscription


Une hétérotopie de crise ?

« c'est-à-dire qu'il y a des lieux privilégiés, ou sacrés, ou interdits, réservés aux individus qui se trouvent, par rapport à la société, et au milieu humain à l'intérieur duquel ils vivent, en état de crise. Les adolescents, les femmes à l'époque des règles, les femmes en couches, les vieillards, etc ».

Lieu de (Re)Pli et approche mineure au sens de Deleuze, Backdoor (Porte dérobée, Trappe arrière), un interstice de mobilité au sens de l’architecte et urbaniste Stéphane Tonnelat, une hétérotopie de transgression ? (« heterotopie of crossing » du Gruppo Ulysses)…


Des emplacements incompatibles

« L'hétérotopie a le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles ».

Casemate-cabanon, Camp, Aridité


Une hétérochronie

« Les hétérotopies sont liées, le plus souvent, à des découpages du temps, c'est-à-dire qu'elles ouvrent sur ce qu'on pourrait appeler, par pure symétrie, des hétérochronies ; l'hétérotopie se met à fonctionner à plein lorsque les hommes se trouvent dans une sorte de rupture absolue avec leur temps traditionnel »

« Exfermés », l’été/Léthé 2002, Deaden


Pas de Glossaire 4

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17 août 2004

5. Design du site



« Qu'est-ce que, en effet, que l' « art » - en posant la question de la façon la plus générale comme de la plus concrète -, si ce n'est capter et mettre en oeuvre, au travers du geste, par l'agencement des choses, toute l'efficacité possible ? »

François Jullien, La propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, Seuil, « Essais », p. 106.



<>
Blogs publiés :

4. Hétérotopie
<>3. Principes de ce blog
<>(2). Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu
<>(1). Néblas : premier contact distant



Résumé :

Après avoir pris connaissance du Lieu -
un fort déserté et ré-investi des Alpes - selon un mode distant, le présent blog définit les « dispositions efficaces » propres à améliorer la lisibilité du site, et par-delà, sa compréhension.


Blog 5 : Design du site et « dispositions efficaces »


Il y a, semble-t-il, quelque risque d'incompréhension possible avec le dispositif anti-chronologique du Weblog *1, qui publie en tête de site, les dernières nouvelles : le Lecteur est précipité abruptement in media res *2.


Pour peu que le thème traité soit atypique et atopique (voir Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu), la confusion sera complète, le rejet immédiat.


On cherchera à déployer progressivement l'espace du blog par des sections, autant d'enchaînement d'étapes qui seraient des balises, ou sortes "d'amers *3 dans les brumes" pour reprendre l'excellente expression de notre ami Viou.


  • Logo du site : sert d'identifiant du site axé sur un espace « autre » avec ses deux composantes anthropologiques et esthétiques,

  • Exergue : cette citation référencée donne le ton du blog et permet la mise à distance intellectuelle nécessaire,

  • Titre : numéroté, il obéit au "principe de briéveté" de la « devise » selon Emmanuele Tesauro,

  • Résumé : court, il permet un premier pas plus facile au nouveau Lecteur,

  • Index des blogs : assurent le répérage des étapes déjà réalisées,

  • corps du blog : du texte, des références, des citations, qui développent la devise,

  • Esthétique : détaille ponctuellement la mise en oeuvre créatrice de l'imagerie, sa symbolique,

  • Glossaire : pour les mots nouveaux, difficiles, techniques,

  • A suivre : marque la fin du blog.




Esthétique :
Il fallait assurer au site une unité graphique, souvent dénommée "charte graphique". On décida de classer les amers en deux classes d'objets:
  • les "portes du site" : deux logos marqués par "l'émotion sacrée qu'évoque pour nous un noir très pur" et le "déploiement de l'espace" au travers de la thématique du seuil. Symboliquement, il s'agit bien de tenter de faire rentrer le Lecteur, mais aussi de lui signifier la fin provisoire d'un périple. Nous renvoyons à l'excellent article de Michaël La Chance, 2000, "T. Théoesthétique de l'obscur", Revue d'esthétique, 37, p. 75-81.

  • Les autres amers ("Précédents", "Résumé", "Esthétique", "Glossaire") se devaient de conserver une tonalité agréable en contrepoint du sujet pas toujours facile. On choisit le portrait d'un personnage, qui évoque le philosophe et l'expérience. On en modula les teintes pastel avec des graphismes, qui en assureraient facilement l'identification.


Glossaire :

*1. Sur le blog, voir « l'abc du blog », http://www.pointblog.com/abc/000032.htm

*2. In media res : procédé littéraire qui fait commencer un récit directement « au coeur des choses » : le Lecteur est ainsi projeté directement dans l'intrigue.

*3. Amer : objet fixe et visible servant de point de repère sur une côte (Le Robert). J'aime assez voir le fort de Néblas comme un vaisseau perdu, dans un autre espace-temps (voir Blog 4 : hétérotopie).






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18 août 2004

6 : « lieu blanc », fusion



Blog5_LieuBlanc

"Il [le lieu blanc] ne se rapporte ni à la simple couleur, ni à la simple suppression des couleurs, mais à l'espace en général, à la mutité, au dépeuplement, aux lacunes définitives. Aux pures virtualités".

Georges Didi-Huberman, 2001, L’homme qui marchait dans la couleur, Minuit, p. 42.


Blog5_LieuBlanc

Blogs publiés :

< style="color: rgb(51, 0, 255);">5. Design du site
4. Hétérotopie
3. Principes de ce blog
2). Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu
(1). Néblas : premier contact distant


Blog5_LieuBlanc <>Résumé :
Les premiers blogs se voulaient une mise à distance du Lieu, qu'on veut « atopique » (sans lieu précis pour ce site, qui le promeut comme Lieu). Le Lieu est foncièrement « hétérotopique » (un lieu « autre » selon la définition de Foucault). Quelques principes ont fixé
les bases de fonctionnement de ce blog, tant au point de vue des intentions, que du design vu comme un déploiement de « dispositions efficaces ». Le présent blog poursuit « l'invention » du Lieu en développement les modalités de la fusion : une première acception du « lieu blanc » peut ainsi être avancée.

Blog5_LieuBlanc


BLOG 6 :
« lieu blanc », fusion


Blog5_LieuBlanc

Néblas se cache aux importuns.

Il se fond sur une serre *1 d’un grandiose amphithéâtre,

Deux pistes de flanc y mènent.

Jusqu’au dernier moment,

Par le jeu de versants en festons,

Aucun de ses murs n’est visible,

Dissimulés par des glacis *2

Au-dessus de la limite supérieure du mélézin

Jamais place forte ne s'était autant fondue dans la nature.

Nul rempart crénelé,

Nul hardi donjon en débord.

« Voir sans être vu »,

Telle semble être sa devise poétique *3.

qui contribue au sentiment de désertude et d'étrangeté.

Forteresse privée d'ombre.





Lieu du coeur personnel, Néblas relèverait de la catégorie des lieux génériques :

« Le lieu susceptible d'offrir cette image n'est pas unique. Au contraire, si la dualité des échelles signifiées existe, c'est précisément en vertu du caractère quasi ubiquiste de la forme à l'échelle du territoire. Son identité s'efface derrière la forme générique à laquelle il appartient, tout comme le livre évoque la bibliothèque parce qu'il est l'élément de base dont elle est constituée. Convenons d'appeler cette forme un lieu générique ».

Bernard Debarbieux, « Le lieu, le territoire et trois figures de rhétorique », L'Espace géographique, 1995, p. 97-112, p. 99.


S'attacher à promouvoir une esthétique du dévoilement-effacement, c'est suivre d'abord Emmanuele Tesauro (note 3, glossaire 3) pour qui, l'image "est une création pure de l'esprit. Elle ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports de deux réalités seront lointains et justes, plus l'image sera forte, plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique".


Trois parentés obliques s'associent ici pour un concept, la fusion,

  • la montagne, une serre,

  • le chaton plat d'une bague précieuse, la forme dans sa circonscription quadrangulaire, elle ressort d’une anatomie, puisque la montagne a été ouverte (les « facettes » évoquée ci-dessus), puis remblayée une fois le glacis, la douve sèche et le fort établis,

  • et enfin le caractère organique de la dissimulation du fort, l’enchâssement, comme poétique.


« Un stratège doit tirer le meilleur parti de son caractère distant ou rapproché, en contrebas ou surélevé, accessible ou accidenté, à découvert ou resserré (…) Quelque soit l’aspect de la situation, le caractère coercitif de la situation peut et doit jouer dans les deux sens : à la fois positivement, en entraînant ses propres troupes à investir toutes leurs forces dans l’offensive ; et négativement, en privant les troupes ennemies de toute initiative et en les réduisant à la passivité. Si nombreuses qu’elles soient, celles-ci ne seront plus en mesure, compte-tenu du che, de résister ».

Huainanzi, chap. XV, p. 261, in François Jullien, La propension des choses. Pour une histoire de l’efficacité en Chine, Seuil, « Essais », p. 22.


Ainsi, la partie est à la fois entité et dépendance d’un Grand Tout via une qualité, l’enchâssement, qui en est le principe, modèle intelligent (archê).

Se conjuguent donc ici, « la convenance du tout (pulchrum), qui est conformité d’un objet à ce qu’il doit être (eidos), et la convenance de la partie (aptum), qui est la convenance d’un objet à un autre auquel il est relié. L’une est la convenance d’une forme à sa norme, l’autre la convenance d’une forme à ce quoi elle doit s’intégrer » (François Jullien, De l’essence ou du nu, Seuil, 2000, p. 115).


C'est bien dans ce retirement des limites (enchâssement, une des formes de la dissimulation) que le Lieu devient « lieu blanc » au sens de Didi-Huberman. Il produisit sur nous un dessaississement, un blanc au sens de blank. Le lieu devenait une hantise par le biais d'une sorte de persistance rétinienne.


Longtemps, je me revois avoir le regard capté
par la façade moussue et chevelue de front de gorge, qui frissonnait sous les assauts du vent. De retour dans le monde, je n'avais de cesse que de retourner contempler son image (visage ?) sur l'écran du PC...


Après les vues distantes (frontalité lointaine : blog 4,« Hétérotopie », verticalité : ce blog 6), le prochain blog se décalera vers le Lieu, image rétinienne rémanente. Cette expérience de la limite témoignera d'une perte, d'une absence, que l'imagerie devra assumer comme dé-présentation *4.



Blog5_LieuBlanc <>Esthétique
Comment représenter une esthétique du disparaître ?

Pareille aporie ne pouvait trouver son poros, sa solution que par affranchissement de la condition humaine d'étant pédestre. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’avoir dévoilé le Lieu en le transmutant en or. Il émerge de brumes alanguies, mais ne sort pas encore totalement de sa réserve (patience, cher Lecteur, faisons connaissance…). C’est sans doute aussi - paradoxalement - pour le patrimonialiser « à ma façon » de manière distante (souhaiterais-je vraiment qu'il soit consacré comme haut lieu *5 ? On peut en douter : on pourra relire ce qu'en dit notre ami Viou : Néblas : premier contact distant).


Toute la difficulté était de mettre en image ce concept de fusion montagne/forme/enchâssement. On a joué sur la modalité de superposition des calques sous Photoshop afin de conférer une radiance au Lieu, personnage principal de ce site. De vestige, le Lieu est ostensiblement promu joyau. L'oeil est ébloui. Image déférentialisée, elle incarne, non une stratégie du faux, mais la mise en avant d'un pôle de la vision, l'attraction. L'autre volet en est la déréliction, la répulsion, la peur, l'horreur, l'immonde, la disparition, la mort.


On se souvient sans doute de ce traité vénitien sur la peinture, rédigé à la fin du XVI è siècle par Antonello. La couleur, sans cacher le dessin (car elle lui est subordonnée), « peut mettre le disegno *6 au secret » (Maurice Brock, 1987, p. 28, voir *2 du glossaire). La présente image participe de cette tentative de retrait par la colorisation et la vision d'Argos, peu habituelle au « passager du vent », qu'est le randonneur.


Blog5_LieuBlanc

GLOSSAIRE 5 


*1. Serre : "Echine, relief vigoureux et allongé (étym.: serare, qui ferme, protège, comme dans servir). Particulièrement interfluve à fortes pentes dans les Cévennes". Roger Brunet, R. Ferras, H. Théry, 1992, Les mots de la géographie. Dictionnaire critique, RECLUS- La Documentation française, p. 409.

*2. Glacis : « talus incliné qui s’étend en avant d’une fortification »(Le Robert). »Du bord au sommet du fossé. Nous devons toujours veiller à ce que le bord monte à une telle hauteur qu'il couvre toujours les flancs des bastions (...), qu'il aille en s'abaissant si doucement vers le glacis que l'oeil perçoive à peine cette pente ou déclivité, qu'elle soit telle que l'eau s'écoule toujours vers le glacis, que le bord soit nivelé de façon que d'un bout à l'autre depuis les défenses on découvre ( = batte) le glacis dans sa totalité sans qu'il y reste rien de caché », Maurice Brock, 1987, « Le secret du disegno dans la peinture et dans l'art des fortifications à Venise au XVIè siècle », p. 17-30, Le secret, P.U. de Lyon, Ed. Du CNRS, p. 24.

*3. Poétique : productrice en vue d'une fin (ici, la dissimulation).

*4. Dé-présentation : Convenons que l'image en général, la photographie est la présentation (matérielle pour une photographie) d'une absence (re-présenter). Alors, la dé-présentation serait paradoxalement la représentation qui met en jeu la problématique polymorphe de la perte, tout en conservant la possibilité de s'arrêter sur une image matérielle. L'image numérique tentera de servir de médium à l'indicible... Voir Christelle Reggiani, « Perec : une poétique de la photographie », Le cabinet d'amateur, http://www.cabinetperec.org/articles/reggiani/reggiani.html


*5. Haut lieu : « un élément d'un système d'expressions territorialement matérialisées d'un système de valeurs », Bruno Debarbieux, in Pierre Gentelle, 1995, « Haut lieu », L'Espace géographique, N° 2, p. 135-138. Le géographe Pierre Gentelle caractérise ainsi le « haut lieu » : distinction, idéologie, échelle, excellence, centralité et « altitude », proximité du Ciel, mise en scène de l'héroïsme, regard vers l'avenir ou le cosmos, concentration, accès, le sacré et le mythique, haut lieu pour moi, haut lieu pour moi, syncrétisme moderne, prestige et vestige. Voir aussi Mario Bédard, 2002, « Une typologie du haut-lieu, ou la quadrature d'un géosymbole », Cahiers de Géographie du Québec, volume 46, numéro 127, avril 2002, ww.ggr.ulaval.ca/cgq/textes/vol_46/no127/Bedard.pdf

*6. Designo : dans l'art de la Renaissance, ce terme n'était pas seulement le dessin, mais aussi comme «le « projet d'attaque militaire de la part de l'ennemi » et de « projet de tracé d'une enceinte fortifiée » (Maurice Brock, 1987, voir note 2 supra)






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21 août 2004

7. "lieu blanc" : le blank



"Il [le lieu blanc] ne se rapporte ni à la simple couleur, ni à la simple suppression des couleurs, mais à l'espace en général, à la mutité, au dépeuplement, aux lacunes définitives. Aux pures virtualités".

G. Didi-Huberman, 2001, L’homme qui marchait dans la couleur, Minuit, p. 42.



Blogs publiés :

<>6. « lieu blanc » : fusion
<>5. Design du site
<>4. Hétérotopie
<>3. Principes de ce blog
<>(2). Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu
<>(1). Néblas : premier contact distant


Résumé :

Les premiers blogs se voulaient une mise à distance du Lieu, qu'on veut « atopique » (sans lieu précis pour ce site, qui le promeut comme Lieu). Le Lieu est foncièrement « hétérotopique » (un lieu « autre » selon la définition de Foucault). Quelques principes ont fixé les bases de fonctionnement de ce blog, tant au point de vue des intentions, que du design vu comme un déploiement de « dispositions efficaces ». Après une première modalité du « lieu blanc » (la fusion), le présent blog, s'il se rapproche du Lieu, traite de l'infigurable qui trahit une expérience de la limite.


Blog 7 : "lieu blanc" : le blank



Spectral, le Lieu me hante...


Un effet de pan

Je serais bien en peine de dire pourquoi ce lieu est devenu le Lieu.

Bien après la « découverte » du Lieu, je fis un bien étrange rêve à la maison. Je rentrais dans une maison abandonnée, la visitais tranquillement, pour découvrir enfin qu’elle était habitée.

Hébété, je fus.


Il y a dans la paronymie (voir glossaire du blog : Atopique, atypique : tombé dans la fable du Lieu) comme le constat d’une causalité effrayante, qui met en jeu la dialogique de l’intériorité et de l’extériorité. En latin, "intimus" est le superlatif de "interior" ; c’est ce qu’il y a de plus intérieur.


Si « Voir c'est toujours voir plus qu'on ne voit » affirme Maurice Merleau-Ponty (L'oeil et l'esprit, Gallimard, 1964, p. 23), alors qu'ai-je vu qui m'a provoqué comme un dessaisissement du moi ?

Il y a là comme un premier décentrement qui s'apparente à une hystérie du voir in vestigio *1 bien soulevée par notre ami Diou : « le fort se fait phore *2 » (Néblas : premier contact distant) :


« A ce point, je formulerai l'hypothèse de quelque hystérie du voir, du voir ou de l'entendre. Le scandale de la vision ou de l'écoute tient, pour moi, à un inassimilable, un scintillement proche de la sidération, de l'envoûtement, une provocation insistante qu'aucune contemplation, aucune lecture, aucune audition ne parvient à apaiser. (...) Vivre la radiance d'une oeuvre d'art, c'est frôler, disais-je, la déraison. C'est dans la fusion, s'exposer à perdres ses limites, à être comme englouti, dissous, médusé. C'est toujours, peu ou prou, côtoyer la folie du monde, fût-elle sublimée en des sortilèges exquis » (nous pointons cette fusion objet/sujet, ie. Néblas/moi).

Murielle Gagnebin, 1994, Pour une esthétique psychanalytique. L'artiste, stratège de l'Inconscient, PUF, « Le fil rouge », p. 35.


qui rencontra l'interrogative spontanée de Lucie, éleveur moutonnier de 72 ans, à mon adresse lors de son passage à Néblas fin août 2002 en plein orage :

« Qu’est-ce que vous êtes venus vous perdre dans ce trou ? (nous pointons) 


J'ai dit précédemment comment se produisit en nous un dessaisissement, un blanc au sens de blank. « Le lieu devenait une hantise par le biais d'une sorte de persistance rétinienne. Longtemps, je me revois avoir le regard capté par la façade moussue et chevelue de front de gorge *3, qui frissonnait sous les assauts du vent. De retour dans le monde, je n'avais de cesse que de retourner contempler son image (visage ?) sur l'écran du PC... (blog 6  : « lieu blanc », fusion).


Seconde modalité de la fusion, qui doit être éclairée par les modalités du blanc.




Spéculaire, l'Image a sa part maudite...


Des modalités du « blanc » : du white au blank,

« Le blanc dans la symbolique commune, reste attaché à des idées de jeunesse et de pureté. Mais pour le peintre, il est beaucoup plus. Il peut être l’état du visible où le prisme se résume ; il peut être l’absence de toute couleur. Blanche est la toile écrue, comme le drap d’hôpital : la naissance et la mort s’y inscrivent. A cet égard, le blanc est l’opposé du jaune, qui est la couleur de la manifestation, l’acte de la lumière, l’évidence du soleil, tout ce qui permet la vie et le déploiement des couleurs. Mais le blanc peut-être aussi une absence : un attente et un deuil.

Aussi l’anglais dispose-t-il de deux mots pour désigner ce que le français n’appelle que du « blanc » : white renvoie à une couleur mais aussi à une substance, une corporéité : c’est la neige et le lait, ce qui calme et ce qui nourrit.

Blank en revanche renvoie à une négativité, c’est l’absence de couleur. Quand la mémoire défaille, on est victime d’un « blank ». Blanche est la voix qui s’angoisse. Blank le passage que l’on a gommé dans un texte ou une partition. Dira-t-on white ou plutôt blank le visage qui blanchit comme un linge sous le coup d’une émotion violente ? Blanche est l’architecture moderne réduite à sa fonction. Blancs aussi, souvent, sont les derniers tableaux des peintres qui ont mené l’abstraction à son terme : peu d’entre eux sont white ; beaucoup ne sont que blank ».

Jean Clair, 1996, Éloge du Visible, Gallimard, « Connaissance de l’inconscient », p. 180-181.


Ce blank « appelle quelque chose comme la surprise d'un ce-n'est-pas, un ce n'est-pas-possible ; il est un effet de désastre dans l'ordre du visible » (Georges Didi-Huberman, 1984, la peinture incarnée, suivi de Le chef-d'oeuvre inconnu par Honoré de Balzac, Minuit, p. 92).



Du punctum

Juillet 2003.

De retour au Lieu, je fus marqué par un second décentrement : j'aime arriver à Néblas en fin d'après-midi par temps de grisaille immobile, voire sous l'orage. On y ressent encore davantage la vacuité des lieux absentés de leurs néo-résidents en garde de leurs bêtes à cette heure-ci. C'est une vacance au sens de "vacare", être vide (de la chaleur recherchée par les vacanciers : exister aujourd'hui, cela signifier consommer), plus que des vacances... Et là, contre le front de gorge , la seule façade altière de la place forte, s'élevait de la douve sèche, en zig-zaguant, en divaguant, en rebroussant chemin, puis repartant en volutes blanches, une fumée.


Dans cette fascination oculis vestigare *4, que je retrouvais après un an d'absence, se rajoutait « un effet de détail : une quasi-hallucination, avec l'effet de réel qui lui est propre » (Georges Didi-Huberman, 1984, op. cit. supra, p. 93). Ce punctum *5 trouvait en moi un écho empathique et par-là, se frayait le familier, une sorte de contre-blank, qui apaise, qui nourrit provisoirement. Barthes a défini un autre punctum, « qui n'est plus de forme, mais d'intensité, c'est le Temps (...) ». Rien ne dit que cet écho se répétera... La perte menace là encore !

La toponymie originelle a été dé-nommée : le nom s'exhibe comme « sans nom », une pragmatique de l’absence (Néblas, « brumes »). Une des formes du blank durement expérimentée durant l’été 2002 par mes amis bergers mis à l'épreuve (l’été/Léthé 2002, à paraître) : « mutité, dépeuplement, lacunes définitives, pures virtualités » ont été au programme... d'un séjour psychologiquement éprouvant durant une dizaine de jours. Eux ont assumé cette désespérance durant tout cet été « à l'envers »... Ils méritent le respect.



Esthétique

« Etymologiquement, effacer vient de é-face, autrement dit dit ôter la face, ôter une face »

Colas Ricard, « Disparition, effacements... », http://colasricard.cineastes.net/t/disparion.html


« Photographier est l'acte le faisant apparaître [Chronos, le Temps] dans toute sa puissance ; vision insoutenable, brisant la temporalité de l'habitude qui est celle de notre oeil chargé de langage, masque figé dans l'instant, visage projeté dans la mort, l'apparition photographique est une figure appartenant à l'Éternel Retour ».

Philippe Despoix, « Persée désarmé, photographie, ou : Proust mythographe », Multitudes,

http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=569


« Ecrire, essauyer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes »

Georges Pérec, 1974, Espèces d'espaces, Galilée, p. 123.


« Chaque fois, et c'est très fréquent, qu'un mot, ou qu'une phrase, a deux sens possibles, il faudra reconnaître et maintenir les deux; car la phrase doit être comprise comme entièrement véridique aux deux sens. Cela signifie également, pour l'ensemble du discours : la totalité des sens possibles est sa seule vérité ».

Guy Debord, 1989, Sur les difficultés de la traduction de Panégyrique, in http://ironie.free.fr/iro_25.html



Comment figurer l'infigurable ? La notion même de re-présentation est bousculée. Pourtant, l'important n'est pas dans ce qui est figuré, mais dans le reste, dans ce qui ne l'est pas...

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Néblas est le
lieu même du vestige, du vertige. Autre parnonymie inquiétante.
Vestigatio, onis, f : action de rechercher, recherche.


On s'attardera sur un photogramme *7 unique retravaillé sous logiciels bitmap dont on tentera de mener une ekphrasis *6.


« La singularité du photogramme par essence unique prend la multitude des images à contre-pied. Elle est une réponse iconoclaste à la saturation iconographique ».
Jean-Philippe Baert et Lionel Dax, Supplément du numéro 25, L'Art de l'Empreinte, IRONIE, Novembre 1997,
http://ironie.free.fr/i_25sI.html


<>La faible définition de cette extraction (576 X 720 pixels) sous Abobe Première n'était en rien une entrave à des post-traitements expérimentaux en série (The Gimp, Photoshop et autres), qui devaient triturer l'image numérique pour l'amener vers une singularité déférentielle qui doit sa part au « divin hasard » et à une certaine connaissance des fonctionnalités logicielles...  Si les surréalistes avaient pu bénificier de la puissance de créativité de ces outils !
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« Il ne faut pas pratiquer pour autant un art de l'imitation de l'objet, dit André Breton, le pape du surréalisme. Créer un monde nouveau en instituant, entre les éléments reprséentés, un nouvel ordre : c'est la voie qui donne à l'esprit tout son essor ».
André Breton, 1934, Minotaure, n° 5, p. 9)





Image amphibologique *8 de l'effet de pan, en tant que « lambeau d'un plan » ET d' « effet du détail ».

Voici quelques bribes de cette réflexion, au sens optique, réflexion qui a tout d'un regard au sens allemand de "Sich besinnen" :

<>"Sich besinnen", explique Jean Clair, signifie la pensée, un mouvement de l'esprit, un allant. Il signifie aussi un retour, une répétition. (...) Besinnung contient le radical Sinn, c'est-à-dire le chemin, la route, le voyage, la direction (Weg, Reise) et le latin sensus, sentire, dont l'ambivalence sycho-physiologique se retrouve dans l'italien sentire : sentir, ressentir, toucher, épreouver une sensation, mais aussi comprendre ».

Jean Clair, 1989, Méduse. Contribution à une anthropologie des arts du visuel,  Gallimard, collection « Connaissance de l'inconscient », p. 35.


Une sorte de persistence rétinienne. Image-médium de l'indicible. Instantané, qui dit le choc du blank. Image vieillie, distordue qui subit un vacillement référentiel et perd son statut d'image cadrée, bien exposée. L'objet est fuyant, glissant, échappé dans son mouvement paradoxal.


L'abence de structure formelle, le cadre, redit l'absence de prélèvement dans la continuité référentielle : l'image est moins ancrée dans un « réel » que dans le psychique. Elle est spéculaire (renvoi à Soi comme un miroir, du latin speculum, miroir) et spectrale (« Ce qui menace »).

« Plutôt qu'un bord ou une bordure, plutôt qu'un ornement d'extrémité, il est la substructure du support et de la surface de représentation »
Louis Marin, 1994, De la représentation,
Hautes Etudes/Gallimard/Le Seuil, p. 346.

Il est donc cadre-parergon, qui recèle comme un désir de migration vers un ailleurs :

<>« [Le parergon] est ce qui n'est pas intérieur ou intrinsèque, comme une partie intégrante, à la représentation totale de l'objet mais qui appartient seulement de façon extrinsèque comme un surplus, une addition, une adjonction, un supplément » et « [le parergon] est ce qui ne se tient pas simplement hors d'œuvre, agissant aussi à côté, tout contre l'œuvre (ergon) ».
<>Jacques Derrida, 1978, La vérité en peinture, Champ Flammarion, Tours, respectivement p. 66 et p. 63.


Tentaculaire : la médusation en marche, une image « dévorée » par une perte, une dissolution du moi, un blank, une hallucination, un vertige fantômal des lambeaux d'un passé ?

Image apparaissante d'une revenance comme le suggère le retournement de l'image  ("Spectral, le Lieu me hante...") qui pourrait faire croire (faussement) à l'adéquation rêvée entre voir et être vu ?

Esthétique de la déréliction plurielle.

« Ça » me regarde donc ».

Image plus érubescente, sang d'un désir, que sépia, forcément âgée.

Cramée : comme mon oeil brûlé. Décomposition de la couleur et fragmentation, le propre de la pétrification.

Et pourtant, la fumée contre le front de gorge ouvre la possibilité à l'Autre de refaire surface et suscite un écho empathique, comme un second décentrement. De l'étrange à l'étranger comme Autre de soi.




Glossaire 7

* 1. In vestigio : sur place, sans bouger.

* 2. Phore : Elément, du grec, pherein, « porter ».

*3 . Front de gorge : façade sous le vent de la frontière (opposé au front), qui offre un aspect monumental et abrite le pont-levis qui dessert la porte de la place forte.

<> Pour un très utile glossaire de la fortification bastionnée,
<>http://www.atelierdesdauphins.com/histo/glosbast.htm

*4. Oculis vestigare : chercher des yeux. Renvoie à in vestigio...

<> *5. Punctum : Dans La Chambre claire, Roland Barthes (1980, Gallimard-Le Seuil, collection « Cahiers du cinéma »), appelle « ce point qui nous poigne et nous point le punctum, c'est de là que l'œuvre regarde le spectateur ». Dans son ouvrage Devant l'image (Minuit, 1990, pp. 310-312), Didi-Huberman souligne ce que le concept de "pan", propre à ses travaux sur la peinture, doit au punctum de Barthes. Contrairement au détail, le pan (ce mot est de Proust dans la Prisonnière : devant la Vue de Delft de Vermeer, Bergotte s'extasie et se répète, avant de mourir: "ce petit pan de mur jaune") est une zone de « défiguration » où l'image semble se défaire et renvoyer à la peinture elle-même. Comme le punctum chez Barthes, le pan a un grand pouvoir d'expansion sur le reste de l'image et comme le punctum encore, le pan a un effet médusant qui engloutit le regard du spectateur. Roland Barthes : parcours pédagogique pour les enseignants, Centre Pompidou, du 27 novembre 2002 au 10 mars 2003 - Galerie 2, niveau 6,
<>http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-barthes/ENS-barthes.html

6. Ekphrasis : « discours détaillé sur quelque objet », Michel Costantini, 1995, « Ecrire l'image, redit-on », Littérature,, N° 100, déc. 1995, p. 35.

*7. Photogramme : « Chaque image d'un film ». Sous Adobe Première, logiciel de montage vidéo numérique, il suffit de positionner le point de montage sur l'image à exporter (25 images / seconde en 720 x 576 pixels sous DV Pal Standard 48 kHz), puis de cliquer sur Fichier/Exporter le montage/Image et de choisir le format d'enregistrement (Tiff non destructeur). Le fichier est ensuite importé dans un logiciel de traitement bipmap.


<>*8. Amphibologie : « arrangement de mots ou d'images visant à les rendre équivoques, ambigus ou à double sens ». C'est bien dans l'optique de notre recherche de « devise » au sens d'Emanuele Tesauro (voir 3. Principes de ce blog). Le retournement de notre image participe de cette recherche de double sens.
<>Pour une galerie de peintures amphibologiques, voir le site "Barbouille" de Daniel Fournier, http://membres.lycos.fr/fournierd/galerie1.htm




Oculis : face à l'Image

Cette section inaugure un nouveau dispositif interactif sans que la personne ait accès au présent texte : « Quel est votre ressenti face à l'Image unique de ce blog ? Répondez sans réfléchir ».


« Cette image me fait penser à un morceau de puzzle d'une photo floue qu'il faut reconstituer pour avoir la réponse à l'énigme ! Elle me fait penser à un endroit vague que l'on ne connait pas bien ; on ne sait pas où l'on va ! Tout est trouble ! Comme un mystère !! »


<>Mouton, 19 août 2004,
<>Merci pour sa collaboration.
<>
<>


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8. "Lieu blanc" : le blank II



<> Cher Lecteur,
L'informatique est facétieuse : le blog 7 s'est malenconteusement terminé par une parenthèse ouverte. je cite le fragment (en italique) :

Tentaculaire : la médusation en marche, une image « dévorée » par une perte, une dissolution du moi, un blank, une hallucination, un vertige fantômal des lambeaux d'un passé ? Image apparaissante d'une revenance comme le suggère le retournement de l'image (

comme si le transfert des données avait été "dévoré" dans le cyberspace. Je vous prie de bien vouloir excuser cette faille, ce blank bien peu esthétique... Il est temps de refermer cette parenthèse du Lieu blanc par cette apostille obligée...



Blog 8 : « lieu blanc » : le blank II (apostille obligée au blog 7)

  <>

Image apparaissante d'une revenance comme le suggère le retournement de l'image (« Spectral, le Lieu me hante), qui pourrait faire croire (faussement) à l'adéquation rêvée entre voir et être vu. Esthétique de la déréliction plurielle.

« Ça » me regarde donc ».

Erubescente plus que sépia.

Cramée comme mon oeil brûlé. Décomposition de la couleur et fragmentation, le propre de la pétrification.

Et pourtant, la fumée contre le front de gorge ouvre la possibilité à l'Autre de refaire surface et suscite un écho empathique, comme un second décentrement. De l'étrange à l'étranger comme Autre Soi.

En définitive, cette image se voulait expérimentale par le contrat qu'elle imposait au Lecteur forcé de voir « « Spectral, le Lieu me hante » avant « Spéculaire, l'Image a sa part maudite... », mais aussi sa réversibilité *9. L'envers ne serait-il pas en fait le véritable endroit ?



Glossaire 7 (inclus dans le blog 8)

* 1. In vestigio : sur place, sans bouger.

* 2. Phore : Element, du grec, pherein, « porter ».

* 3 . Front de gorge : façade sous le vent de la frontière (opposé au front), qui offre un aspect monumental et abrite le pont-levis qui dessert la porte de la place forte.

<> Pour un très utile glossaire de la fortification bastionnée,
http://www.atelierdesdauphins.com/histo/glosbast.htm

* 4. Oculis vestigare : chercher des yeux. Renvoie à in vestigio...


<>* 5. Punctum : Dans La Chambre claire, Roland Barthes (1980, Gallimard-Le Seuil, collection « Cahiers du cinéma »), appelle « ce point qui nous poigne et nous point le punctum, c'est de là que l'œuvre regarde le spectateur ». Dans son ouvrage Devant l'image (Minuit, 1990, pp. 310-312), Didi-Huberman souligne ce que le concept de "pan", propre à ses travaux sur la peinture, doit au punctum de Barthes. Contrairement au détail, le pan (ce mot est de Proust dans la Prisonnière : devant la Vue de Delft de Vermeer, Bergotte s'extasie et se répète, avant de mourir: "ce petit pan de mur jaune") est une zone de « défiguration » où l'image semble se défaire et renvoyer à la peinture elle-même. Comme le punctum chez Barthes, le pan a un grand pouvoir d'expansion sur le reste de l'image et comme le punctum encore, le pan a un effet médusant qui engloutit le regard du spectateur. Roland Barthes : parcours pédagogique pour les enseignants, Centre Pompidou, du 27 novembre 2002 au 10 mars 2003 - Galerie 2, niveau 6,
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-barthes/ENS-barthes.html